Ce jour-là, comme tous les matins, Cynthia était en retard, allongée, la tête enfoncée dans son oreiller, elle n’arrivait pas à se sortir du lit, elle le savait, elle allait finir par se faire licencier. Ce travail, elle en avait besoin elle ne roulait pas sur l’or, et avait du mal à finir ses fins de mois. Elle s’était habillée en quatrième vitesse, un chignon décoiffé ferait l’affaire. Elle courrait comme à son habitude en essayant de ne rien faire tomber, le dirigeant du bar d’en bas, rigolait toujours voyant comme elle était affolée :

– Encore en retard ?
– Toujours, sinon cela ne serait pas drôle !

Ce jour-là dans le métro, il n’y avait personne, c’était calme, une femme en face d’elle la regardait avec insistance, elle s’approchait d’elle :

– Vous savez qu’il y a deux sortes de monde ?
– Pardon ?
– Savez-vous qu’il y a deux sortes de monde ?
– Non, je ne sais pas !
– Voulez-vous savoir qu’elle est l’autre monde ?

Elle se demandait vraiment quelle drogue avait pu prendre cette femme.

– C’est la mort…

Le métro s’était éteint, elle était dans le noir, elle avait peur, pourtant elle n’était pas de nature peureuse, mais là cette dame lui avait fait peur. Quand le métro se ralluma, la dame avait disparu, elle regardait de droite à gauche, personne, le métro était vide.

En descendant, elle ne reconnaissait plus rien, le sol était sale, recouvert de feuilles mortes et le froid pénétra sous ses vêtements. Elle était troublée, pensant s’être trompée de métro. En sortant, il y avait un brouillard épais et la route était recouverte de givre, la rue était déserte. Au loin, un être difforme lui faisait signe de venir la rejoindre. Elle voulait rebrousser chemin, mais l’entrée du métro avait disparu, elle était coincée dans cet endroit. Elle se mit à paniquer, et regarder autour d’elle, mais rien, rien pour la cacher, aucun réseau sur son téléphone elle était seule. Elle tourna sur elle-même quand elle se retrouva nez à nez avec cet être aux formes disgracieuses et aux ailes majestueuses.

– Viens avec moi, je vais te mettre en sécurité.

N’ayant pas trop de choix, elle le suivit, mais avec réticence. Elle marchait derrière lui quand venant de nulle part trois choses aux yeux globuleux, aux dents jaunies, à la peau blanche et aux cheveux gris ont fait leur apparition. Il essayait de l’attraper par le bras, elle hurlait, se débattant, les suppliant d’arrêter. Elle ne comprenait pas ce qui était arrivé, qu’est-ce qu’elle faisait là ? Le petit être arriva à la sortir de là en s’envolant. La posant sur le toit, elle était morte de peur.

– Où suis-je ?
– Vous êtes dans l’autre monde.
– Pourquoi suis-je ici, c’est quoi l’autre monde ?
– Notre messager vous a envoyée ici, car vous n’étiez pas consciente de la vie.
– Comment ça ?
– Vous les humains, vous ne prenez pas le temps et courrez sans vous rendre compte de l’importance des choses, la terre a besoin de place pour les gens qui ont envie de vivre la vie et de ne pas la subir.
– Mais j’aime la vie ! J’aime ma vie !
– Quand est-ce que vous avez pris le temps de vous relaxer, respirer et apprécier ?
– C’est difficile, j’ai un loyer, des factures…
– Vous avez la vie !

Elle comprit à cet instant, que sa venue ici, était sans retour, en pleurs et terrifiée elle demanda simplement :

– Comment puis-je faire pour retourner chez moi ?
– Vous allez passer devant le conseil des maîtres du feu, si vous arrivez à les convaincre vous serez renvoyée chez vous et il vous faudra changer votre mode de vie.
– Sinon ?
– Sinon ?
– Vous mourrez et votre vie d’avant sera effacée, plus personnes ne saurât que vous avez existé, et une nouvelle vie naîtra et prendra la vôtre sur terre.

C’était horrible, elle ne pouvait plus respirer, comment allait-elle pouvoir se sortir de là ? De cet endroit dont elle n’avait jamais entendu parler.

– Et ces choses qui sont-ils ?
– Eux, ce sont les Macrouilles, ils essayent de tuer les humains avant que le conseil ait le temps de les juger pour leur simple plaisir.
– Quand verrais-je le conseil des maîtres du feu ?
– Ce soir.

Elle savait qu’elle devrait tout faire pour les convaincre, mais la peur la rongeant de l’intérieur elle ne pouvait se concentrer.

– Tu aurais un conseil à me donner pour retourner chez moi ?
– Je ne peux pas t’aider, toi seul dois trouver la force en toi pour te sortir de là.

Elle était vraiment seule, mais bizarrement la présence de ce petit être la réconfortait :

– Comment tu t’appelles ?
– Je n’ai pas de nom !
– Tu es seul ici ?
– Oui, je suis le seul survivant de ma tribu.
– Qu’est-il arrivé aux autres ?
– Les Macrouilles les ont tués !
– C’est affreux ! Que fais-tu ici ?
– Je dois emmener aux conseils les vivants, avant que les Macrouilles fassent justice eux-mêmes.

Il était l’heure, devant cet immense palais gris crépi de gargouilles toutes aussi étranges les unes que les autres, avec ses tours aussi hautes que le palais lui-même et les croassements rauques des corbeaux, elle était tétanisée. L’intérieur n’était pas rassurant non plus, tout était sombre, allumé à la bougie, à l’entrée, tous les mètres des Trolls avec de grandes épées. Un petit monstre aux oreilles pointues nous guida vers une pièce aussi sombre que le reste, mais elle pouvait voir sur les murs, le nom et l’année des gens enfermés ici avant elle. Comme une évidence, elle rajouta son nom.

– Vous êtes ici, car visiblement, vous n’êtes pas à votre place dans votre monde, qu’avez-vous à dire pour votre défense ?

Devant ce conseil rempli de créatures hideuses, assoiffées de terreur, vêtues de robes noires et rouges, elle était morte de peur. Cette pièce était lugubre, elle n’avait pas de plafond, les murs étaient de couleur rouge sang, le bruit de prisonnier résonnait encore dans l’enceinte de ce tribunal. L’ambiance était glacée, elle savait qu’il fallait qu’elle réponde juste sinon elle allait mourir.

– Je ne sais pas si j’étais une bonne ou une mauvaise personne. Je me suis peut-être oubliée et oublié de vivre, mais je sais simplement que j’ai toujours tout fait pour être courageuse et travailleuse.

Après une longue conversation entre les maîtres du feu, le verdict allait enfin tomber :

– SAEI
– Qu’est-ce que cela veut dire quoi ?
– Sacrifice à effet immédiat, tu as échoué, ils vont te sacrifier !
– Non-pitié !

Elle hurla, promettant qu’elle changerait, qu’elle profiterait plus de la vie.

– SAEI !

Les Macrouilles l’attrapèrent, lui tamponna une croix sur son poignet, comme pour une bête que l’on emmène à l’abattoir, elle supplia le petit être sans nom de la sauver. Arrivée dans une grande salle remplie de cercueils où l’odeur de la mort parfumait la pièce, elle essaya de se débattre, mais devant la force et le nombre de Marcrouilles elle s’épuisait. Il lui attacha les mains, lui scotcha la bouche et l’allongea dans un des cercueils. Les yeux rouges remplis de larmes, elle essaya de se relever, mais en vain le cercueil se referma sous ses yeux.

Elle se réveilla en hurlant, couverte de sueur, regardant autour d’elle, paniquée. Pas de tombes, pas de personnes difformes, pas de Marcrouille juste un ciel bleu et l’odeur des draps propres. Autour d’elle rien que son lit et ses affaires. Soulagée, mais encore sous le choc de ce rêve, elle se redressa pour reprendre ses esprits, et pour se remplir un grand verre d’eau quand elle découvrit sur son poignet la croix.

Une nouvelle de Bérengère HERNANDEZ – Promotion Ecrire un livre

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