– Ca y est ! On la voit !

Kirk avait posé son doigt sur le hublot et pointait une petite boule bleue et blanche. Henry regarda dans la direction montrée par son co-équipier :

– Ah ! Ça fait plaisir ! On est de retour chez nous. Quatre ans, c’est quand même long !
– Le pire, ce sont ces deux années sans contact. Je n’en reviens toujours pas qu’un commutateur ait un défaut de fabrication. Ceux du labo vont avoir affaire à moi !

La navette spatiale « Colombia sts 110 » approchait à grande vitesse de la Terre.

Kirk, dirigeait cette mission américaine. Ingénieur en aéronautique, il avait aussi été pilote de chasse au sein de « l’United States Air Force » sur un « Lockheed Martin F-35 » qu’il maîtrisait parfaitement. Cet avion furtif avait connu bien des déboires et Kirk avait participé à sa mise au point finale. Apprendre à piloter la navette n’avait pas été très difficile pour lui et il la dirigeait pour la troisième fois.

Henry, lui, était à la fois le co-pilote et l’ingénieur mécanique de la mission. Astronaute d’expérience, c’était sa cinquième expérience dans l’espace.

Sous les vivas et l’enthousiasme du monde entier, tous deux avaient décollé de la base de Cap Canaveral, symboliquement le 04 juillet, jour de la fête nationale américaine. Ils devaient préparer l’arrivée d’une prochaine navette sur la planète Mars afin d’y installer une base définitive.

Après quelque six-mois de trajet, ils avaient été mis en orbite autour de l’astre rouge par les ingénieurs de la NASA. Ils ne devaient y rester que deux mois, mais suite à une panne sur les émetteurs-récepteurs de la navette, toute communication avec la terre fut interrompue soudainement. Du coup, ce qui devait être une mission d’une grosse année, est devenue un voyage de presque quatre ans.

Heureusement pour eux, la station spatiale internationale relais « Mir 55 », déjà en orbite, contenait un stock de nourriture largement suffisant à leur survie, ainsi que des réserves de carburant qu’ils avaient transférées dans leur engin. Ils avaient pu s’amarrer à cette station puis en repartir sans difficulté grâce à la dextérité de l’un et l’autre.

Ils se sentaient épuisés par cette mission et ses péripéties, mais tellement heureux de revenir sur terre et de rentrer enfin chez eux ! Ils avaient déjà maintes fois imaginé leurs retrouvailles avec femme et enfants, les congratulations avec leurs collègues, mais aussi le plaisir de retrouver tout ce qui faisait la civilisation :

– Bon sang, on y est presque ! S’exclama Kirk. Ah ! Revoir les enfants qui jouent dans les parcs, l’odeur de la terre, de l’herbe, des fleurs, les enseignes lumineuses des quartiers animés, les gens dans la rue ….

– Et prendre de vrais repas ! Renchérit Henry.
– Bon, on ne va pas tarder à manœuvrer.
– Pas de souci, je suis prêt, les calculs sont lancés.
– On va encore devoir se débrouiller tout seul, il n’y a toujours pas de liaison radio, ni de vidéo.
– Je confirme. Impossible d’avoir une connexion.

Ils leur restaient à négocier cette entrée dans l’atmosphère et sans aide de la NASA, l’opération allait être bien plus périlleuse qu’à l’habitude.

Tous deux se concentrèrent et ne parlèrent que pour se donner des informations techniques. Aidé des ordinateurs de bord, Kirk trouva le bon angle pour fendre les couches supérieures de l’atmosphère, la navette supportât la chaleur du frottement et ils se retrouvèrent à la hauteur habituelle des avions long courrier.

– Regarde ! On voit la base. Je vois même l’Indian river et le lac Saint-Johns ! S’enthousiasma Henry.
– On a fait le plus dur. Reste à atterrir, je vais survoler la base pour voir si la piste est dégagée.

La navette passa au-dessus de Cap Canaveral.

– Je ne distingue pas l’effervescence habituelle lorsqu’une navette va atterrir. On dirait que nous ne sommes pas attendus.
– Ou bien qu’il n’y a personne… !

Cette hypothèse les fit réfléchir. Ils se posaient nombre de questions. Que se passait-il ? Y avait-il eu un grave problème ? Où étaient passés les techniciens de la base ?

Kirk posa la navette qui émit de longs sifflements avant de s’immobiliser au trois-quarts de la piste. Ils descendirent de l’appareil plus inquiets que surpris. Pas de comité d’accueil, pas âme qui vive ! La base semblait déserte. Ils allèrent en direction du poste de commandement d’un pas qu’ils voulaient presser, mais qui s’avéra lent et maladroit, tant par leur combinaison d’astronaute qui alourdissait leur démarche que par le fait de retrouver l’apesanteur. L’air ambiant aussi les gênait, ils n’arrivaient pas à retrouver de sensations leur permettant de se mouvoir facilement. Ils décidèrent d’enlever leur tenue afin de se sentir plus à l’aise. Ils étaient essoufflés, mais avaient le désir d’aller se mettre à l’abri de l’extérieur et de comprendre ce qu’il se passait.

Heureusement, ils connaissaient les codes permettant d’ouvrir et de verrouiller les différents accès blindés et une fois dans les locaux, ils se posèrent dans les larges fauteuils prévus pour les retours de l’espace, reprirent leur souffle et purent réfléchir à haute voix :

– Il n’y a personne. Avant tout, il faut se réhabituer à la vie sur terre, soupira Kirk.
– Oui, on va se donner un peu de temps avant de ressortir. Ça nous permettra de chercher et peut-être de comprendre ce qui se passe.

Kirk et Henry restèrent plusieurs jours dans la base et, après avoir fait le tour des locaux, ils avaient constaté que tout le matériel était demeuré intact et en ordre. Il y avait même de la nourriture lyophilisée et en conserve, des réserves d’eau, des vêtements. Ils avaient ainsi pu reprendre un rythme terrestre et essayer de contacter familles, amis, collègues et quiconque qui pourrait leur donner un signe de vie. Mais rien ne vint. Ils avaient tenté d’émettre des signaux par radio, de téléphoner, da capter des ondes TV. Rien. Le néant. Ils étaient coupés du monde et peut-être seuls. Leur conviction était faite : il avait dû y avoir une grosse catastrophe qui, apparemment, avait éliminé toute vie humaine sur terre.

Ayant retrouvé leurs sensations, ils décidèrent de sortir du poste et de s’aventurer, grâce à un véhicule laissé sur place, en dehors de la base. Peut-être rencontreraient-ils quelqu’un et qui pourrait leur donner des explications ?

Tous deux connaissaient bien le coin pour s’y être rendu quasiment tous les jours pendant plusieurs mois afin de préparer leur mission. Ils savaient qu’après avoir franchi les périmètres de sécurité, une petite route menait à une ferme encore en activité. Mais c’était il y a quatre ans ! Était-elle toujours occupée ?

Ils stoppèrent devant la maison, sortirent du véhicule et n’eurent que le temps de voir que la porte était grande ouverte.

La première balle atteignit Henry en plein cœur. Il s’écroula net et ne bougea plus. Le coup de feu avait claqué comme une lanière qu’on tend dans l’air. Sec, bref, violent. Kirk compris tout de suite qu’on leur tirait dessus. Il n’eut que le temps de se jeter à terre et d’effectuer quelques roulades en direction d’un maigre bosquet qui lui semblait être le seul refuge possible. C’est à ce moment-là qu’une seconde balle fut lâchée traversant la cuisse de Kirk. Une brûlure intense fit rapidement place à la douleur qui l’obligea à se recroqueviller sur lui-même et à lâcher un cri de souffrance et de désespoir. Il eut à peine le temps de regarder la gravité de sa blessure qu’un autre tir l’atteignit en plein torse. Il bascula sur le côté. Il entendit des bruits de pas qui s’approchaient de lui, puis des voix :

– Encore des infestés égarés dans la nature, lança laconiquement une voix.
– Heureusement qu’on veille ! Continua une seconde voix.
– Oui, en tout cas, on a à manger pour plusieurs jours.

Le regard de Kirk se tourna dans leur direction, il essaya de parler, mais aucun son ne put sortir. Ses yeux exprimaient la surprise, l’incompréhension et demandaient de l’aide. Sa vision se brouilla, son souffle devint haletant jusqu’à s’arrêter, ses paupières se fermèrent.

Les paroles avaient été prononcées par deux gaillards d’au moins deux mètres, le visage caché par une sorte de casque, vêtus d’habits militaires et de bottes qui laissaient supposer des pieds énormes. Ils se tenaient là, devant les corps inertes de Kirk et d’Henry.

L’un d’eux releva son masque comme pour signifier la fin d’une mission, dévoilant le visage d’Henry… Légèrement plus âgé ! 

Le second « géant » retira lui aussi son masque et le jeta à terre d’un air désabusé :

– C’est quand même dingue d’en être réduit à ce genre de boulot. Tout ça parce qu’on est des clones loupés, des « essais initiaux » comme ils ont dit ! 
– Arrête de ressasser toujours ces trucs-là, Dean ça n’y changera rien !  Lança Clint, le premier clone, tout en chargeant Henry sur l’une de ses épaules.
– Ouais, mais reconnaît qu’on n’a pas eu de bol d’être parmi les premiers choisis rajouta Dean en mettant Kirk sous son bras.
– On a, malgré tout, des avantages, on nous fout la paix, pas de compte à rendre, on fait un peu comme on veut… C’est pas pour rien qu’on nous surnomme les « Géants » !
– Oh dit donc !! Il respire encore celui-là ! Il a la peau dure.
– On va le refourguer aux « Tatoués », ça leur fera plaisir, ils aiment bien ça les mourants !
– Tu parles, ils vont lui faire des « essais initiaux » …..

Et tous deux se mirent à rire à gorge déployée tout en se dirigeant vers cette ferme qui était devenue leur lieu d’habitation.Ils n’avaient pas encore repéré qu’Henry, dont ils incarnaient l’un des premiers clones, était « l’Originel », celui dont tout était parti….. Il faut dire qu’il s’en était passé des événements depuis leur départ vers Mars il y a 4 ans…… Quelques semaines après leur envol, les plus grandes puissances mondiales, suite à plusieurs années d’oppositions à demi-couvertes, sont entrées en peu de temps en conflits ouverts.

De batailles nucléaires en guerres bactériologiques, les constructions humaines furent rapidement détruites dans leur quasi-intégralité, l’espèce humaine, la faune et la flore anéanties pour ne laisser en vie que quelques poignées de privilégiés et des groupes de survivants éparses réfugiés en haute montagne avec des équipements adéquats, en bateaux au milieu des océans ou encore sous terre dans des grottes profondes….

Seuls quelques sites avaient été préservés dont Cap Canaveral. Décision fut prise de ne pas informer Henry et Kirk du désastre terrestre, afin de ne pas compromettre la mission, mais les événements furent plus fort que les rescapés de la base et bientôt plus personne ne fut présent.

Conscient que les humains devaient devenir plus nombreux afin de reconstruire, se reconstruire et subvenir à leurs besoins, les « Privilégiés » s’allièrent avec certains survivants, dont les « Tatoués » pour la plupart spécialistes et chercheurs en médecines, génétique et autres spécialités de ce secteur.   

Il fallait donc créer des humains rapidement, très rapidement…. La procréation prendrait trop de temps, il fallait trouver une autre solution !

La faune et la flore furent quelque peu délaissées, certains pensant que tout ça se régénérerait « naturellement »…

L’idée de cloner s’imposa de suite. Le choix de l’individu à prendre en compte aussi. En effet, la base de Cap Canaveral était restée miraculeusement intacte, les données des deux astronautes très complètes et à jour… Enfin à jour d’il y a deux ans ! Mais c’était ce qu’il y avait de mieux et de disponible immédiatement.

Le choix se porta sur Henry de par sa culture, son intelligence, son expérience et sa force physique. Certains disent même que sa plastique avait aussi comptée….

Une nouvelle de Jean-Gabriel BORY – Promotion Ecrire un livre

Laisser un commentaire