Louis, retraité de 68 ans, venait juste de se réveiller en ce mardi matin. Il regardait par la fenêtre la neige qui commençait à tapisser le sol. Nous étions à 15 jours de Noël, et comme chaque année, il se sentait heureux et triste à la fois à l’approche des fêtes. 

Heureux, car comme tout le monde il aimait l’ambiance festive de Noël, les préparatifs de cette fête, les yeux émerveillés des enfants devant le Père Noël du supermarché.  
Père Noël, c’est un rôle qu’il aurait adorer jouer en se promenant sur un traineau dans les rues pour voir l’infinie joie des enfants devant les cadeaux qu’il leur remettait …  

Mais également triste, non pas pour lui, car il était bien entouré et chouchouté par ses enfants et encore plus depuis la mort de son épouse, mais triste pour tous ces sans abris, ces personnes seules, totalement démunies. Il ne pouvait rester indifférent devant ces familles en situation parfois catastrophique,  
La détresse des autres, cela faisait maintenant 8 ans qu’il la côtoyait au quotidien. Depuis la mort de sa femme, il avait décidé de donner un sens à sa vie, de s’occuper des autres, de se rendre utile,  lui qui n’avait besoin de rien. Il avait donc rejoint l’association bénévole de son quartier, à Colmar, qui venait en aide à une centaine de familles qui n’espéraient plus grand chose de la vie. 

C’est ici qu’il s’épanouissait pleinement avec un vrai but dans la vie.  Toujours à l’écoute des autres ou prêt à rendre service, entre les dons de nourriture, l’appui scolaire des enfants, l’aide aux formalités administratives de certains, il était totalement dédié.  
Par ce biais également, il avait aussi retrouvé une vie sociale, lien qu’il avait totalement perdu, à son départ en retraite, lui l’ancien facteur, habitué à rencontrer du monde.   

Mais son côté « bon samaritain » ne se limitait pas à ses actions au sein de l’association car il s’occupait également de sa voisine Lucille, âgée de 90 ans qui vivait seule dans sa maison qui jouxtait celle de Louis et qui n’avait plus ni famille ni amis. 

Tous les jours, il s’assurait qu’elle allait bien et qu’elle n’avait besoin de rien. Il lui faisait ses courses, allait lui chercher ses médicaments, s’il fallait faire du ménage il était là aussi, une vraie nounou pour elle, et Lucille en abusait en profitant de sa gentillesse et en le traitant quelquefois comme un moins que rien. Mais Louis n’en avait que faire, il savait qu’elle était seule et avait besoin de lui. Que deviendrait-elle s’il n’était pas là ? 

Les journées de Louis s’écoulaient tranquillement entre son dévouement pour Lucille et ses actions bénévoles au sein de l’association.  

Il était bientôt 11.00 ce matin-là, lorsqu’il se rendit, comme à son habitude chez Lucille et qu’il l’a découvrit allongée dans la cuisine, inconsciente. 

Paniqué, il lui parla, lui secoua la main : 

– Lucille vous m’entendez ?  Vous avez mal ?                                                                              
Elle ne répondait pas, elle était inconsciente mais, Dieu merci, elle était vivante.  

Il se précipita vers le téléphone et appela les secours. Ils arrivèrent heureusement très rapidement sur les lieux. Les pompiers ne donnèrent aucune information à Louis et emmenèrent Lucille. Louis se retrouva seul avec son angoisse. Il était sous le choc.  

Il resta assis pendant de longues minutes chez Lucille. Il allait rentrer chez lui lorsque qu’en voyant l’état de la maison, il décida de faire du ménage, ce qui lui viderait la tête, en attendant d’avoir des nouvelles de l’hôpital.  
Et puis il était sûr que cela ferait plaisir à Lucille lors de son retour chez elle. 
Oh bien sûr, comme à son habitude, elle trouverait à redire …. Il le savait elle ne pouvait pas s’en empêcher, elle trouvait toujours une critique !!! 

Louis entama donc un vrai nettoyage de printemps, pièce par pièce, il nettoyait du sol au plafond. Après 3 bonnes heures, la maison de Lucille était méconnaissable, tous les objets qui trainaient, retrouvèrent leur place, la poussière avait disparu, le linge avait été lavé, la maison aérée. Louis était fier du résultat. 

C’est lorsqu’il terminait d’étendre le linge à la cave qu’il aperçut comme une trappe entrouverte, sur le mur à côté de la chaudière. Il se demandait bien à quoi correspondait cette trappe mais, ne sachant pas, il s’apprêtait à la fermer lorsqu’il vit dépasser ce qui ressemblait à des billets ….  

Il s’approcha, et fouilla dans la trappe et là quelle ne fut pas sa surprise de découvrir un vrai pactole !! Il n’en croyait pas ses yeux !!  
Les interrogations se bousculaient dans sa tête. Pourquoi Lucille avait-elle caché cet argent là alors qu’elle avait un compte bancaire ? Comment avait-elle pu accumuler autant d’argent avec sa petite retraite ? Cet argent lui appartenait- il ? Quelqu’un l’avait-il déposé à l’insu de Lucille ? Mais dans ce cas qui ? Lucie n’avait ni famille ni amis…. 

Louis était abasourdi mais remit tout en place et referma la trappe. 

Il quitta la maison et retourna chez lui. Il échafaudait dans sa tête tout un tas de scénarios liés à cet argent. Il ne trouvait pas d’explication cohérente.  

Toutes ses questions restèrent sans réponse et malheureusement le resteraient car le téléphone sonna, c’était l’hôpital l’informant que Lucille n’avait pas survécu à sa chute.  
Louis était ébranlé. Il informa l’hôpital que Lucille n’avait aucune famille, l’hôpital se chargerait donc de toutes les démarches. Il serait recontacté ultérieurement si nécessaire. 

Il était maintenant aux alentours de 18.00. Il se sentait éreinté par cette journée bouleversante et s’endormit sur le canapé. Sans doute bouleversé par l’évènement, et la découverte de cet argent. Louis eut un sommeil très perturbé, et se réveilla en pleine nuit.   

Il était obsédé par sa découverte. Qu’allait devenir cet argent, puisque Lucille n’était plus là ? La maison resterait inhabitée pendant un certain temps avant que celle-ci ne soit saisie par la mairie faute de descendance et donc avec un risque que des squatters s’y installent et découvrent ce magot !  
Non, cette idée le rendait malade ! 

Ce fût plus fort que lui, il alla en plein nuit chez Lucille il devait récupérer cet argent. Après tout, elle n’en avait plus besoin et lui seul, en connaissait l’existence ! 
Il partit donc récupérer son pactole et le rapporta chez lui. Ni vu ni connu !!  
De retour chez lui, il voulut savoir à combien s’élevait la somme découverte. Là encore, il hallucinait : 20 000 euros ! Il était dans un état de sidération totale …  
Les interrogations liées à cet argent firent bientôt place à l’excitation de se retrouver face à une telle somme …. 

Qu’allait-il en faire ?  

C’est vrai que depuis des années, son rêve était d’aller à Zanzibar ! Cet archipel tanzanien le fascinait depuis tout jeune. Il ne savait pas pourquoi, peut-être tout simplement le nom le faisait rêver. 
Malheureusement, il avait toujours su que ce ne serait jamais à sa portée. Il ne ferait pas de safari. Il s’était depuis résigné, il savait qu’il n’irait jamais sinon dans ses rêves ou alors en regardant un reportage à la télévision. 
C’était l’opportunité de sa vie !

Les jours passèrent et le quotidien de Louis repris son rythme habituel au sein de l’association. Il était toujours partagé entre un sentiment de culpabilité d’avoir pris cet argent, même s’il savait au fond de lui qu’il n’appartenait plus à personne, et un sentiment de responsabilité face à l’utilisation future de cette somme.  Plus il réfléchissait et plus il se disait qu’il devait profiter de cette providence. Après tout Noël approchait c’était le moment !! 

Le réveillon approchait et avec lui, la distribution des colis de Noël que l’association avait préparée pour les habitués. Cette année, l’association avait réussi, grâce aux dons des commerces environnants, à améliorer le panier de Noël, avec des friandises et une petite tasse isotherme. 
Ce n’était pas grand-chose, juste de quoi donner un semblant de cadeau de Noël. 

N’ayant pas de contraintes particulières contrairement aux autres bénévoles, et étant le plus disponible, il proposa à ses collègues de s’occuper de toute la logistique de distribution des colis. 

Sa proposition fut bien évidemment acceptée avec enthousiasme.  
Pour cette année, il avait décidé d’ajouter une petite touche personnelle, une petite enveloppe cachetée avec les voeux du Père Noël. 

Il prépara donc tous les paniers de Noël, et la distribution s’effectua l’avant-veille de Noël comme d’habitude. 

La distribution terminée, apaisé et ravi d’avoir participé à l’amélioration du quotidien de toutes ces personnes en détresse, il se rendit chez son fils pour fêter Noël en famille. 

Louis passa une très belle soirée entouré des siens. Ce fût un très joyeux Noël pour lui et sa famille. 

Le surlendemain, de retour chez lui, il lisait tranquillement son journal, lorsqu’il s’arrêta sur un petit article paru dans les informations locales du Journal des Dernières Nouvelles d’Alsace. Il souriait, il était heureux il avait réussi !! Il était fier de lui. Tant pis pour Zanzibar !! 


Dernières Nouvelles d’Alsace jeudi 26 décembre 

Le Père Noël aurait il fait une halte à l’association en aide aux plus démunis, située Avenue de l’Avenir à Colmar en ce 23 décembre ?  
Il semblerait que oui !  
En effet, dans les colis de Noël distribués par l’association, se trouvait une enveloppe avec notamment une carte de voeux de la part du Père Noël mais surtout avec la somme en espèces de 200 euros !!!   

L’association contactée n’a pas été en mesure de donner des explications sur cette belle surprise et assure qu’elle n’y était pour rien !  
Ce geste restera sans doute inexpliqué mais restera pour longtemps dans la mémoire des bénéficiaires. 
Merci Père Noël !! 

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Cet article a 4 commentaires

  1. Sylvie

    Superbe. Merci pour ce conte plein de bienveillance

    1. Marion

      Merci pour votre commentaire. Sophie Keane nous a aussi enchantés avec la générosité de ses lignes 🙂

  2. Vidal

    Merci pour ce conte magnifique, plein de générosité…Doux moment de lecture !

    1. Marion

      Bonjour Vidal, vous avez entièrement raison. Cette générosité nous fait du bien !

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