On met du temps à reprendre goût à la vie après un viol. Le viol, c’est l’équivalent d’un meurtre. C’est ce que Sonia s’apprêtait à découvrir pendant un moment où elle pensait pouvoir enfin se lâcher.

Sonia avait 21 ans. Elle venait d’être diplômée d’un bachelor en architecture à l’université de Californie à San Diego. Son rêve était de devenir architecte dans un grand cabinet de conseils. Elle était sur le point de le réaliser. Elle avait un emploi du temps assez chargé. En effet, elle devait passer une multitude d’entretiens. Elle s’était préparée pendant toute sa scolarité à l’université, et même au lycée. Elle avait des relevés de notes qui démontraient que c’était une personne intelligente et sérieuse. Elle passait son temps libre à lire des bouquins sur l’architecture et sur l’utilisation de la géométrie dans la construction de différents monuments. Pourquoi le Pentagone avait une forme géométrique particulière ? Comment la Pyramide a été construite ? Comment construisait-on les bâtiments antisismiques au Japon ? Tellement de questions. Tellement de choses à apprendre. Elle était vraiment passionnée. Sonia n’était pas une fille ordinaire. Boire de l’alcool jusqu’à tomber inconsciente par terre ne l’intéressait pas. Elle socialisait donc en participant à des événements associatifs ou bien en se rendant à des conférences sur le développement urbain des métropoles par exemple.

La jeune femme avait donc une vie paisible. Elle n’avait pas connu de drames dans sa vie à part au moment de la mort de sa mère quand elle était adolescente. Elle avait cependant eu de la chance, sa tante qui avait toujours rêvé d’avoir des enfants, l’avait accueilli chez elle et l’avait traité comme sa propre fille. C’était sa seule famille. Elle n’a jamais connu son père qui était selon les dires de sa tante, un amoureux de l’alcool, soit un alcoolique et, ses grands-parents étaient tous morts.

Demain allait être un grand jour pour elle. En effet, elle allait devoir convaincre le directeur d’un cabinet d’un grand groupe de la prendre comme nouvelle collaboratrice. Elle avait plein d’idées pour redynamiser la ville de San Diego : la construction d’une tour à la pointe de la technologie avec un système de reconnaissance faciale qui pouvait s’autosuffire en termes d’énergie à l’aide de panneaux solaires. Elle avait préparé la tenue parfaite pour son entretien. Une chemise sobre en soie avec une jupe noire taille haute qui allait juste en-dessous de ses genoux. Elle allait porter le tout avec des collants noirs transparents et une paire d’escarpins. Avant d’aller se coucher, elle se visualisait déjà en train de travailler dans cette boite.

Au réveil, elle était très excitée vraiment. Elle s’étonnait de ne pas être stressée. Comme si avoir ce job faisait partie de son destin. Oui, tu es destinée à y bosser. Elle prenait sa douche, faisait sa toilette et s’habillait. Avant de sortir de chez elle, elle se répétait machinalement ses petits mantras. Tu vas tout déchirer. Tu vas avoir cet entretien. C’était une personne assez spirituelle qui croyait en la loi d’attraction. Arrivée près de l’entreprise, elle était éblouie. C’était mieux que sur les photos. Mieux que toutes les fois où elle était passée devant ce bâtiment de verre imposant. C’était une petite tour d’une vingtaine de mètres dans le centre d’affaire de sa ville natale. Des centaines de personnes faisaient une sorte de danse en entrant et sortant de l’entreprise. Ils créaient une sorte de rythme, de musique avec le bruit de leurs talons sur le sol comme la marche de soldats bien disciplinés.

Elle s’était rendue à l’accueil pour annoncer sa venue.

– Monsieur Smith va vous recevoir dans son bureau dans un instant. Je vous invite à prendre place sur un des sièges derrière vous.
– Merci beaucoup Madame.

Au bout de quelques minutes, l’hôtesse à l’accueil était venue la chercher. Elle l’avait invitée à la suivre jusqu’au bureau de son patron.En arrivant près du bureau, elle avait frappé à la porte et annoncé mon arrivée.

– Madame Durham, vous pouvez vous asseoir.
– Bonjour Monsieur Smith, merci pour votre accueil.
– Pouvez-vous me parler de vous s’il vous plaît ?
– Oui, je m’appelle Sonia, j’ai 21 ans. Je viens d’être diplômée de l’université de San Diego. Je suis passionnée par l’architecture. Je passe le plus clair de mon temps libre à lire sur différents sujets en rapport avec ce domaine.
– Avez-vous d’autres hobbies en dehors de l’architecture ?
– Oui, j’ai fait du bénévolat pendant mes études universitaires. J’aidais les enfants défavorisés à faire leurs devoirs. Je me rendais aussi en maison de retraite pour créer du lien avec les personnes âgées.
– Vous me semblez être une personne sérieuse. Pourquoi vouloir travailler chez nous ?
– Je suis passée devant cet édifice assez souvent dans ma vie. Je trouve qu’il est à la pointe de la technologie. Je souhaiterais y travailler justement pour développer mes compétences dans ce domaine et je me vois vraiment évoluer dans votre entreprise. J’ai un certain nombre d’idées d’ailleurs.
– Pouvez-vous m’en dire plus ?
– J’ai remarqué que vous avez des personnes à l’entrée de votre bâtiment. Cela est très utile pour la fouille des personnes. Mais je pense qu’il serait bien d’utiliser la reconnaissance faciale. Vous serez les premiers à utiliser un tel outil sur la côte ouest.
– En effet, et nous serions ravis d’avoir une personne comme vous à nos côtés.
– Quand est-ce que vous pouvez commencer ?
– Aujourd’hui ?
– Très bien. Je contacte les ressources humaines pour les questions administratives. Je vous laisse retourner à l’accueil pour récupérer votre badge et vous laisser diriger par la secrétaire afin qu’elle vous montre votre nouveau bureau.
– Merci Monsieur Smith.
– Lorsque vous finirez la journée, repassez me voir pour prendre un verre afin de célébrer votre nouveau travail.
– Avec plaisir Monsieur.

En sortant du bureau, Sonia contacta sa tante directement pour lui annoncer la bonne nouvelle.

– Félicitations ma chérie !
– Merci Tatie !
– Mais c’est quand même bizarre, qu’il te prenne au bout d’une heure d’entretien. N’a-t-il pas d’autres candidats pour ce poste ?
– Je ne sais pas, mais en tout cas, j’ai été prise et c’est le plus important, tu ne penses pas ?
– Oui, tu as raison ma puce. Juste fais attention s’il te plaît, d’accord ?
– Oui Tatie, à ce soir !

A la fin de sa première journée de travail qui consistait surtout à prendre connaissance des différents services de l’entreprise, des différents travaux déjà effectués et des projets en cours de réalisation, Sonia avait rejoint son patron dans son bureau.

En y entrant, elle avait senti une sensation bizarre au niveau de son ventre, mais n’y avait pas prêté attention.

– Ah, vous êtes là. Alors votre première journée de travail ?
– Très instructive. J’ai pris connaissance des différents dossiers et j’ai hâte de me mettre à l’action dès demain.
– Qu’est-ce que vous aimez boire ?
– Je ne bois pas d’alcool.
– Pour une promotion, un petit verre ne fait pas de mal non ?
– Oui, je prendrai la même chose que vous dans ce cas-là.
– Vous savez, en plus d’être intelligente, vous êtes vraiment une jolie femme.
– Merci Monsieur Smith.
– Oh, appelons-nous par nos prénoms surtout après ce qu’il va se passer dans un instant.
– Qu’est-ce qu’il va se passer ?
– Ai-je besoin de vous faire un dessin, dit-il en fermant la porte à clé ?
– Monsieur, je me sens mal à l’aise d’être enfermée dans votre bureau…
– Si tu veux continuer à travailler ici, il va falloir te taire et suivre mes ordres.
– Monsieur laissez-moi sortir, dit-elle en se levant de sa chaise et en se dirigeant vers la porte.
– Tu ne vas aller nulle part ce soir !

Il la prit de force par le bras et la poussa sur son canapé. Il déchira les collants qu’elle avait achetés la veille juste pour passer son entretien. Elle était un peu saoule. Comme elle ne buvait jamais, il avait suffi d’un seul verre de rhum pour qu’elle perde pied. Que se passait-il ? Tout allait si bien ? Elle avait eu son entretien comme elle l’avait visualisée. Mais ça ? Jamais de la vie, elle ne l’avait imaginé !
– Je suis vierge Monsieur… Dit-elle en sanglotant.
– Encore mieux ! Une équipe de nettoyage viendra mais on fera quand même attention de ne pas salir tout mon bureau avec ton sang, dit-il avec un sourire narquois.

Le viol, c’est l’équivalent d’un meurtre. Sonia n’était plus jamais la même après cette nuit-là. Il avait réussi à salir son rêve qu’elle construisait depuis des années…

Une nouvelle de Malika BELOUCIF – Promotion Ecrire un livre

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