– Arrêtez ce carrosse ! 

L’homme qui vient de hurler ces mots n’est autre que le Premier Conseiller, troisième personnalité la plus puissante du royaume. Et ce n’est pas sur un caprice qu’il ordonne une telle chose. Tout simplement parce qu’à bord du véhicule en fuite, se trouve la Reine. Mais si le véhicule va aussi vite à travers les rues, ce n’est pas de son fait. Ce qui se produit en ce moment même, c’est son enlèvement !

« Dégagez ! » entend-elle depuis l’avant de l’engin à quatre roues tractés avec énergie par cinq chevaux en furie, fouettés par un homme dont elle ne connait rien. On dirait qu’il a le diable au corps.  

Plus tôt, après avoir ressenti les violentes secousses du véhicule sur le départ, elle avait voulu intervenir et réprimander le cocher.

Sa surprise fut totale en constatant qu’il ne s’agissait nullement de l’homme auquel elle était habituée. 

- Qui êtes-vous ? 

– Retourne à l’intérieur ou j’te saigne maint’nant, drôlesse ! 

Cette réponse des plus choquantes et intimidantes avait eu son effet. Depuis, elle restait terrifiée. Pas tant par le ton employé par son ravisseur que le sous-entendu qu’il avait laissé transparaître sur le fait qu’elle allait probablement mourir à la fin de ce voyage. Etait-ce intentionnel ? Elle en doute. Le bandit qui la retient en otage dans son propre véhicule ne semble pas avoir suffisamment de neurones connectés.  

Les chevaux continuent de s’élancer à travers la ville, excités par la douleur et la peur que leur inflige le conducteur. Bien que la foule soit des plus importantes en ce jour, puisqu’il s’agit tout bonnement du premier jour du Marché Mondial, les groupes d’individus que les rapides équidés rencontrent s’écartent vivement de leur chemin. Aucun n’a envie de finir écrasés sous les sabots de chacun de ces quatre cent kilos de muscles.  

La Reine ne sait que faire. Elle n’a pas envie d’être en position de victime et de se contenter de subir les évènements qui s’imposent à elle, mais le stress du à la situation ne lui permet pas de raisonner convenablement. Seules les émotions, la peur en particulier, affluent dans son être tout entier. Elle fait de son mieux pour se maîtriser, mais c’est dur. Vraiment très dur. 

« A l’aide ! Au secours ! Aidez-moi ! » n’a-t-elle de cesse de répéter pendant le parcours chaotique contre lequel elle doit faire face. Malheureusement, aucun de ces cris ne parvient à être entendu à l’extérieur. Le fracas des sabots sur les pavés, le roulement important des roues du carrosse et les cris de la foule, elle aussi, terrorisée, participent à contrer l’effort de la Reine à se faire entendre de qui pourra la délivrer. 

Dans toute la ville, les soldats sont en alerte, mais déjà, le carrosse est bien trop loin pour qu’ils puissent intervenir directement, d’autant que tout semble avoir été mis en place pour empêcher leur avancée. Sans compter que la foule, prise de panique, ne facilite pas du tout les choses.  

« Cet enlèvement n’est pas le fruit du hasard. Il est totalement délibéré et même programmé. » 

Le Premier Conseiller est au bord des larmes tandis qu’il prononce ces paroles. Ces mots s’affichent à lui comme un constat brutal sur lequel il n’a aucun contrôle. Etant donné sa position, c’est quelque chose d’extrêmement désagréable qui se présente à lui. 

Plus loin, le ravisseur continue sa course. Rapidement, il emmène à l’abri des regards indiscrets l’engin royal dans un entrepôt. Mais le véhicule n’arrête pas pour autant sa course. Les chevaux, malgré eux, accélèrent, alors qu’ils veulent ralentir. Ils sont contraints de descendre un passage souterrain qui se déploie sous leurs pattes. C’est cette descente qui les force à reprendre de la vitesse tandis qu’ils veulent s’arrêter. Il faut toute l’énergie et la méchanceté de leur cocher pour les forcer à reprendre la course et à ne pas s’emballer. 

Pendant ce qui semble durer une éternité, la Reine est tétanisée. D’abord, les secousses, ensuite, ses cris, et maintenant, cette obscurité. C’est la première fois qu’elle espère faire un cauchemar. 

– Tout cela va s’arrêter. Je vais me réveiller. Tout cela n’aura été rien de plus qu’un mauvais rêve ! 

Pourtant, les bruits assourdissants provoqués par l’écho des sabots au sein du tunnel lui provoquent d’insoutenables maux de tête. C’est cette douleur qui lui fait rapidement comprendre qu’il ne s’agit pas d’un cauchemar. Hélas. 

 – Laissez-moi sortir ! Je suis la Reine du royaume de Moyen-Occident et je vous ordonne de me laisser partir ! 

Ses hurlements semblent faire réagir son ravisseur puisque celui-ci réitère sa menace de tout à l’heure en la menaçant d’une lame. Mauvaise idée pour lui que de passer la tête à travers la petite fenêtre servant de liaison entre le conducteur et les passagers. Prise de panique, elle frappe sans le vouloir et sans regrets l’homme armé. Celui-ci prend en pleine figure les volets que la jeune femme s’empresse de refermer à l’aide d’un solide loquet.  

Malgré ses efforts et la haine qu’il ressent suite à la douleur, le conducteur ne peut s’occuper à la fois des chevaux et de celle qui lui a cassé le nez.  

– Salope ! J’vais t’égorger vive ! J’te sors de là, j’t’ouvre le bide et ensuite, je baise ton corps chaud sans vie.  

De tels propos la révoltent, mais elle ne sait plus quoi faire. Sortir du véhicule au risque de se rompre le cou ? Elle y a déjà pensé, mais la peur l’a d’abord paralysée. Maintenant, dans cette longue ligne droite, elle sent l’accélération des chevaux qui rendrait toute sortie suicidaire.  

Un nouveau changement survient. Tandis que les hennissements, les menaces et hurlements submergent son ouïe, sa vue, elle, est illuminée doucement. Ils sortent enfin du tunnel. Les bruits d’ailleurs se font bien moins violents.  

Après quelques centaines de mètres, le carrosse ralentit et s’arrête. L’homme descend rapidement et s’apprête à mettre à exécution tout ce qu’il a promis de faire à la Reine. Mais il est arrêté par un autre homme. 

– Cette pétasse m’a pété le nez ! 

– Jolie répétition, mais rien à faire ! A moins que tu ne veuilles que le chef s’occupe de toi ? 

– J’emmerde le chef, c’est moi qui m’suis tapé … 

Jamais il ne finira sa phrase. Une flèche placée entre les omoplates le coupe net dans son élan, sa colonne vertébrale ayant été sérieusement touchée.  

– Y en a-t-il un autre pour emmerder le chef ? 

Personne ne répond. L’archer laisse la parole à son supérieur direct, l’homme qui a organisé le rapt. Ou du moins, en a-t-il reçu l’ordre. 

–  Je rappelle à tous ce qui va suivre. A l’intérieur de ce coffre ambulant se trouve un trésor d’une valeur inestimable. Un trésor humain et féminin. 

De l’intérieur, la Reine entend tout. 

– Nous avons deux missions on-ne-peut-plus-simple. Oter la vie de la Reine et la souiller au point de la rendre presque méconnaissable. Je dis bien presque. Notre client tient absolument à ce qu’elle soit tout de même reconnue. Des questions ?  

Le plus costaud demande : 

– Pas qu’ça m’gêne de faire c’qu’on va faire, mais pourquoi on l’fait ?  

– Parce que nous sommes payés pour. 

Une nouvelle de Stephen Morlet – promotion Ecrire un livre, vous pouvez retrouver Stephen sur Facebook

Laisser un commentaire