Combien de fois ses parents ont-ils dit à Anthime qu’il était trop intelligent pour son propre bien ? C’est incalculable et vrai.

Anthime, du haut de ses cinq ans, rivalisait d’ingéniosité pour savoir tout sur tout. Le petit prodige était un vorace de la vie. Tout lui manquait. Rien ne le satisfaisait bien longtemps. Il y avait forcément bien des choses à connaître.

Il collectionnait les jouets aussi. À chaque fois qu’il entendait parler d’un nouveau jeu, il le voulait. Et bien souvent, il l’obtenait. Ses parents comme ses grands-parents avaient beau le gâter, fiers qu’ils étaient, il s’habituait à ce qu’il avait puis s’en détachait avec la même vitesse. Et ils s’entassaient.

Ce petit futé avait bien compris que Noël était la période la plus importante pour lui. Il pourrait faire la liste de tout ce qui lui ferait plaisir. Mais elle serait beaucoup trop longue. Il lui fallait trouver un moyen de satisfaire son envie, mais sans éveiller les soupçons de ses parents. Alors, petit à petit, il leur demanda comment écrire des mots. Il apprit tout ce dont il avait besoin puis rédigea une lettre qui fera parler dans le Pôle Nord pour des siècles :

« Cher Père Noël,
Chaque année, vous transportez des millions de cadeaux plus lourds les uns que les autres. Quel fardeau ! Je ne veux pas vous créer de soucis. Je vous demanderai juste une petite chose légère : la lampe d’Aladin. Je suis un enfant sage. Je n’en ferai rien de mal, je vous le promets.
Anthime ».

Au grand étonnement de ses parents, il voulut lui-même poster la lettre. Il comptait les jours qui le séparaient de l’échéance.

Le soir de Noël, il n’eut pas besoin d’aide pour rester éveillé, tout excité qu’il était à l’idée que son rêve devienne réalité. Néanmoins, il commença au bout d’un moment à s’endormir malgré tous les efforts du monde. Un miaulement du chat familial le remit en alerte. Il regarda par la fenêtre pour voir si quelque chose d’anormal s’était produit. Une étoile filante laissait sa traîne décorer le ciel. Le signal tant attendu. Il descendit les escaliers comme si sa vie en dépendait. Il essaya de ne pas réveiller ses parents. La mission était risquée. Il ne pouvait pas se permettre une telle erreur.

Contrairement aux années précédentes, le sapin était peu garni à ses pieds. Il se prit à y croire très fort. Il déballa le seul cadeau à son nom et fut ébloui par la beauté du spectacle ! Elle était là ! Aussi belle que dans ses rêves. Un petit magnétophone accompagnait la lampe. Le Père Noël avait été touché par sa lettre. Alors il a remué ciel et Terre pour exaucer son souhait.

Il la frotta avec l’énergie de l’excitation avec la manche de son pyjama. Le génie sortit de son antre et, surpris, mais heureux d’avoir un si jeune maître, lui expliqua les règles. Il avait le droit à trois vœux. Pas plus. Pas moins.

Son premier fut d’avoir une immense salle de jeu hors du temps qu’il sera le seul à pouvoir ouvrir grâce à une formule magique. Il fut réalisé. Il entra dans la pièce et fut impressionné par la taille de celle-ci.

Le second fut que chaque jouet de son magasin préféré et dont il rêvait soit ajouté à sa collection. Prêt à être utilisé, cela va sen dire. Exaucé !

Il ne put contenir sa joie devant tant de plaisirs à venir. À chaque fois qu’il pensait à un cadeau, celui-ci apparaissait. Il ouvrit une boîte de Lego. Il attrapa ensuite ses héros de séries télé. Puis vint le tour de la voiture électrique. Les puzzles pirates. Un livre sur les dinosaures. La panoplie Spiderman. L’ordinateur de poche qui t’apprend à compter. Il courrait dans tous les sens. Il naviguait d’un jouet à l’autre. Dès qu’il commençait à se fatiguer, un nouveau apparaissait pour l’émerveiller.

Lorsqu’il voulait jouer à plusieurs, il demandait un coup de main au génie. Celui-ci, s’ennuyant ferme dans sa lampe, fut heureux de jouer avec Anthime. Il était aussi peu sérieux que dans le film. Ils s’amusèrent beaucoup, accumulant les fous rires. Quel formidable ami faisait-il !

Il ne savait plus où mettre de la tête. Il joua au baby-foot avec son nouveau compagnon. Ils passèrent au Molkky. Mais Anthime s’éclatait de moins en moins. Le rythme des parties diminuait lentement, mais sûrement. Au bout d’un moment, il ne savait plus quoi faire du tout. Il n’avait pourtant pas tout essayé. Il en restait tellement ! La pièce semblait sans fin. Comme l’étaient ses désirs. Il se sentait rassasié. Épuisé. Il avait beau regarder tout ce dont il avait rêvé, il ne ressentait plus l’excitation du début.

Le génie vit son ami perdre en appétit.

– Que se passe-t-il ? Tu es fatigué ?
– Je ne sais. Je n’ai plus d’envie.
– Comme c’est étrange. C’est toujours ainsi que cela se termine avec mes maîtres. Pourtant, cette fois-ci, c’était très amusant.
– Comment cela ?
– Lorsque vous frottez ma lampe, vous avez d’immenses rêves. Les grands veulent des palais ou de l’argent bien souvent. J’exauce tous leurs vœux en me disant que je vais faire leur bonheur. Et puis, rapidement, ils se lassent. Ils pensaient que cela les rendrait heureux. Ce n’est pas le cas.
– Ah bon ?
– Oui ! J’ai beau aider les gens à avoir ce qu’ils désirent, je me rends compte que de l’avoir n’est pas ce qui donne du plaisir.

Anthime réfléchit alors à ce que venait de dire son ami.

– Je crois comprendre. Que peux-tu vouloir quand tu as tout ? Rien. C’est pour cela que je me sens triste.
– Je n’y avais pas pensé ! C’est vrai que ça parait logique ! Tu es très intelligent pour ton âge. Trop pour ton propre bien !

Anthime rit de bon cœur.

– C’est ce que mes parents me disent tout le temps.
– Et que veux-tu faire alors ? Tu as un troisième vœu après tout.

Anthime avait tellement été accaparé par ses deux premiers qu’il en avait oublié le troisième. Mais encore fallait-il en avoir un. Il savait désormais ce qu’il voulait et ce n’était pas ce qu’il avait demandé pour ses deux premiers vœux. Il serait plus prudent sur le dernier.

Lorsqu’il se réveilla le lendemain matin, Anthime se sentit apaisé. Il était sûr d’avoir fait le bon choix. Il se leva du lit en un bond et rejoint le salon à la vitesse de l’éclair. Ses parents, qui étaient déjà debout, étaient prêts pour le déballage traditionnel. Son père filmait la descente des escaliers comme si c’était une cérémonie officielle, ce qui fit sourire Anthime.

Après le câlin plein d’amour envers ses parents, Anthime se dirigea vers le sapin. Il était plus magnifique que jamais. Contrairement à l’année précédente, un seul cadeau portait son nom. Il était cependant gros. Il avait beau se souvenir du vœu qu’il avait prononcé, il ne savait plus si c’était un rêve ou la réalité.

Il commença à ouvrir avec énormément de stress le paquet, déchirant le papier en mille morceaux. Lorsqu’il souleva le couvercle de la boîte, il poussa un cri de joie qui recouvrit allègrement les jappements du chiot qui s’y trouvait. Il l’entoura de tout son amour. Il décida à la grande surprise de ses parents de l’appeler Génie.

Une nouvelle de Jean-Michel Framery alias Yann Venete – promotion Ecrire un livre

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