Le 16 février 2017 la famille Troadec disparaissait sous les coups de Hubert Caouissin.
La date de ce quadruple meurtre marquait alors le début de l’enquête de François Rousseaux, fasciné par la complexité des personnages et la légende familiale : un trésor caché. Il mène alors, durant 4 ans, des recherches très documentées qu’il recense dans son livre : Pour tout l’or du monde paru chez Fayard. Entre biographie et thriller, le journaliste nous livre des clés pour comprendre l’innommable à travers des récits de vies ordinaires pour qui, un jour, tout bascule

l'affaire Troadec

François Rousseaux, le journaliste qui se mue en détective

L’objet d’une quête, des protagonistes complexes et fascinants, un monde ordinaire qui bascule soudainement… Nous n’évoquons pas là un roman à suspense mais un terrible fait divers : la disparition d’une famille entière, le 16 février 2017.

La densité des personnages de cette tragédie sur fond de légende familiale (un butin de guerre volé) a inspiré le journaliste François Rousseaux.

Le récit de ces vies présente tant de rebondissements tragiques, que la frontière entre biographie et thriller se fait mince. C’est ce qui a fasciné le journaliste qui, au cours de différentes interviews, s’est confié sur sa quête de vérité :

« J’ai été happé par cette histoire que j’ai entendue un matin à la radio […]  C’est très personnel, mais j’ai un rapport particulier avec la disparition. Et disparaitre est presque impossible aujourd’hui. On est dans une époque, une société où on est sommés de se mettre en scène, de se montrer, se raconter sur les réseaux sociaux. Que la famille Troadec (avec 2 ados qui sont sur Snapchat, Facebook et Twitter toute la journée) disparaisse […] pour moi c’était un rébus. Alors j’ai commencé à enquêter »

Pour comprendre le drame, le journaliste a donc mené l’enquête en se mettant dans la peau des principaux intéressés aux personnalités singulières. Il est ainsi retourné aux origines du quadruple meurtre :

  • La vie quotidienne banale d’un homme sans histoire menant une existence simple avec sa compagne et son fils,
  • Un monde connu qui s’écroule en raison d’un burnout et de la maladie de sa conjointe,
  • Une légende familiale intrigante : un butin de guerre perdu puis retrouvé,
  • L’objet de toutes les convoitises: plusieurs lingots d’or,
  • Deux lieux symboliques: le port de Brest et la lugubre Ferme de Pont de Buis.

Si le coupable et le mobile sont connus, François Rousseaux demeure intrigué par des zones d’ombre : une maison vide, l’absence d’arme du crime…

Mais sans vouloir supplanter le travail de la police, ce sont surtout les constructions psychologiques des différents personnages qui fascineront François Rousseaux.

« Il ne faut pas regarder cette affaire comme une nuit d’horreur, il faut la regarder dans le temps long car c’est une mécanique destructrice qui va se mettre en place, qui va gangréner… »

psychologies des personnages

Le journaliste décortique la psychologie des protagonistes

« Cette histoire a des ingrédients sensationnels, mais j’ai voulu la traiter avec sensibilité et au long cours »

Avec beaucoup de pudeur, sans faire dans le voyeurisme ou surfer sur le côté sulfureux du drame, le journaliste a surtout cherché à comprendre la psychologie des différents personnages de l’histoire.

Il s’est alors mis dans leur peau, le temps de son enquête, pour tenter de trouver ce qui les a menés à la dérive et de déterminer l’origine de leurs actes.

En toute humilité et neutralité, tel un observateur omniscient, le journaliste nous présente donc le quotidien de deux familles, dans un parallèle glacial :

  • L’histoire de Brigitte et Pascal:
    Leur rencontre, leur déménagement, leurs enfants Sébastien et Charlotte, une fille tournée vers les autres, leurs loisirs, leur relation tendue avec la sœur de Pascal, Lydie, jusqu’à leur décès…
  • La vie ordinaire de Hubert:
    Un homme installé et sans histoire. Il travaille comme technicien supérieur à l’arsenal de Brest. Sa compagne se prénomme Lydie, ils ont un petit garçon.
    Puis, Hubert fait un burnout, il perd son travail et Lydie tombe gravement malade. Le couple décide alors de déménager pour vivre reclus dans une ferme isolée de 32 hectares.
    Loin du bruit, Hubert va mieux mais il développe une jalousie destructrice vis-à-vis de Pascal ,son beau-frère, et sa famille, qui, selon lui, auraient profité du trésor familial…

    François Rousseaux dépeint le meurtrier comme « quelqu’un d’intelligent, de cultivé, qui a une fascination pour l’histoire et les héros de l’antiquité. C’est quelqu’un de très minutieux, de très droit, voire rigide ». L’histoire d’un homme ordinaire qui part progressivement à la dérive, et dans le secret le plus total, c’est ce qui a fasciné le journaliste.

« Cette histoire nous plonge toujours aux frontières du rationnel, de l’irrationnel et surtout de la souffrance. »

François Rousseaux, passeur de mémoire

François Rousseaux devient passeur de mémoire

« Je ne voulais pas raconter cette histoire comme un fait divers, mais par le prisme familial, et redonner un visage aux victimes. »

Plus que révéler les origines d’un quadruple meurtre, c’est la mise en avant des victimes qui importait à l’auteur du livre. « Quand j’avais envie de tout arrêter, j’ai repensé à ces deux ados, à leur mémoire salie ».

Dans Pour tout l’or du monde, François rousseaux redonne leur dignité aux protagonistes à travers des témoignages sur la vie des deux enfants de la famille disparue, recueillis auprès de leurs proches :

  • Charlotte, 18 ans : une fille que toutes ses amies décrivent comme joyeuse et douce, engagée dans le social (elle a fait des stages en EHPAD) et qui aimait se raconter sur les réseaux sociaux.
    « Elle allait avoir son permis de conduire, elle allait danser sur Bruno Mars dans les cafés de Nantes… […] Elle n’était jamais aussi heureuse que quand elle s’occupait des autres » précise l’auteur.
  • Sébastien : un « geek un peu bordélique mais très attachant ».
    Comme il s’était plaint de son père auparavant sur les réseaux sociaux, il avait fait figure de suspect au début de l’enquête « alors qu’il était déjà mort et ne demandait qu’à vivre » ajoute François Rousseaux.

Raconter ces vies volées, leur passé, leurs passions, leurs espoirs, va permettre de les faire exister, de rétablir leur dignité et de lutter contre l’oubli.

Pour tout l'or du monde, François Rousseaux

Pour tout l’or du monde, et ensuite ?

Le procès de l’affaire Troadec fut marqué par la condamnation de Hubert Caouissin, le 7 juillet 2021. Le livre-témoignage de François Rousseaux, sorti en avril 2021, propose des clés pour tenter de comprendre ce drame familial et s’interroger sur l’inexplicable. Mais surtout, en biographe, il préserve, à jamais, la mémoire de ces instants de vies…

Laisser un commentaire